La signification de
« Le drame haïtien, une tournure inquiétante de l’histoire »
Par Antoine Archange Raphael
L’auteur est au courant des explications classiques du drame : l’héritage colonial négatif, le sous-développement économique résultant de conceptions erronées et de pratiques lamentables, et l’ingérence des nations étrangères dans les affaires internes du pays.
Ces explications, au lieu d’élucider le drame, jouent plutôt le rôle d’échappatoires.
Contrairement à ce que pensent beaucoup, « Le drame haïtien, une tournure inquiétante de l’histoire » décrit la détresse de toute communauté qui donnerait dans une impasse similaire à celle de cette nation antillaise.
Une telle détresse a retenu l’attention de Socrate et de Platon qui, dans La République et La Loi, ont pris une collectivité humaine comme un ensemble, un corps ayant une tête et des parties.
Mais la tête décide de l’allure des parties. Quand elle est malade, les parties souffrent aussi.
En d’autres termes, cet essai concerne le rôle de l’élite dans le développement d’une nation.
Quand cette élite est sincère, prométhéenne, la nation évolue comme un organisme viable répondant à l’image platonique d’un esprit sain dans un corps sain.
Quand cette élite plonge cependant dans la corruption et la désorientation, la nation épouse les contours d’une entité déstructurée ou acéphale.
Dans la deuxième perspective, elle donne tout droit dans la faillite.
En l’absence d’aucun remède de rénovation, la collectivité affectée gonflera les rangs de celles qui maintiennent une crise chronique en leur sein, d’une génération à l’autre.
Naturellement, que l’on prenne en considération les sociétés dites primitives ou modernes, elles nourrissent en leur sein une constante effervescence, génitrice consciente ou pas de changements.
Quelle est la nature de ces changements ?
Sont-ils identiques ou même similaires les uns aux autres ?
Selon l’auteur, il faut les repartir en deux catégories.
Une première décrirait seulement ceux qui dépendent de l’action du temps et de la nature.
Une seconde trahit une initiative manifeste et voulue des hommes et des femmes en vue de changer les données de la réalité.
Les communautés, bénéficiaires seulement de changements passifs, donnent l’impression de rester immobiles. L’auteur les désigne sous le nom de communautés à sang froid.
Alors les communautés à sang chaud, dans la perspective de l’auteur, transcendent ce type de situation statique, ce genre de changement mécanique. Elles deviennent impatientes à l’endroit de cette évolution lente de l’histoire. Elles mordent sur le temps, affrontent l’avenir et accomplissent des merveilles, malgré les difficultés imposées par un ordre apparent de choses.
Dans le cas d’Haïti, l’auteur a détecté également un handicap causé par la persistance des traditions dans ce pays, une forte tendance même de retenir le passé dans la vie courante.
Selon moi, l’humanité gagnerait à minimiser le recours aux traditions. Car celles-ci appartiennent au passé, tandis que les besoins de l’humanité sont actuels, pressants. Comment résoudre les problèmes du présent avec des recettes d’action révolues ?
Ces traditions, comme elles appartiennent au passé, pour se maintenir au présent, ne manquent pas de créer des situations déplaisantes et dangereuses. La preuve en est bien grande, même une nation développée comme les Etats-Unis d’Amérique porte difficilement le fardeau de deux dangereuses traditions : le racisme (une conséquence de l’esclavage) et le port d’arme (une persistance de la vie des cowboys).
Ces deux traditions nuisent à un plus grand épanouissement de cette nation et empêchent celle-ci de devenir un paradis à ses habitants et au reste du monde.
Ce livre, ainsi que sa version anglaise, peut se procurer en visitant www.lulu.com.