Un Simple geste
Au milieu
D’un océan d’amertume,
De désespoir,
Et de peur,
Qui,
Comme une marée montante,
Envahit le monde ;
Au milieu
Des bruits infernaux,
De tracteurs,
De marteaux pneumatiques,
De Camions à bascule,
Qui mugissent
Et percutent ;
Au milieu
Du malaise
De rouler en voiture,
Sur un macadam éventré,
Dans une voie unique,
Transformée en voie double,
Un petit geste,
Un simple geste,
A la vertu
De me dérider le visage :
Un homme,
Dans l’empressement,
Laisse derrière lui,
Son garçonnet,
Un être joufflu
Qui gambade.
Dans la boulangerie Jamaïcaine,
L’homme s’engouffre,
Pour occuper,
Dans la file indienne,
Une place de choix.
Une négresse,
Un être monumental,
Comme taillée dans le roc,
Sur le seuil de la porte,
S’apprête à laisser
Heureuse,
Avec un sac,
Rempli de bons pains chauds
Quand le garçonnet,
Un être joufflu,
Qui gambade,
Donne,
Tête baissée,
Dans le ventre féminin.
La négresse,
Un être monumental,
Comme taillée dans le roc,
De sa main large,
Mais veloutée,
Caresse la tête enfantine,
Et pousse gentiment
Le garçonnet,
Un être joufflu,
Qui gambade,
Vers son père,
Inconscient du geste.
C’est,
Au milieu de l’océan
D’amertumes,
Du malaise du voyage,
Un geste simple,
A travers lequel,
Proclame
La négresse,
Un être monumental,
Comme taillée dans le roc :
« N’aie pas peur de moi,
Mon ange,
Mon fils,
Je suis ta mère,
Comme je suis la mère de l’humanité.
Vraiment,
Je la suis,
Je ne mens pas.
Il faut me croire.
A travers mes ancêtres féminins,
J’ai porté dans mes seins,
Et j’ai bercé,
Des générations
De garçonnets comme toi,
Et de fillettes aussi,
De toutes les nuances,
De toutes les tendances,
De toutes les conditions.
Donc je suis la mère de l’humanité,
Je suis ta mère,
Je suis la mère de ton père,
Tu comprends pourquoi,
De ma main maternelle,
Je te touche
Et te caresse les cheveux.
N’aie pas peur de moi,
Je suis la mère de l’humanité.
Vraiment je la suis."